Suspendu #3

Alors que les feuilles vieilles s’en vont,
La capitale indépendante,
Théâtre de tant de passions,
Je noie mes passions rampantes

Le vent froid du nord, quart nord-est
Faiblissant, n’apporte lumière
Le froid de l’annoncé hiver
La peur des êtres qui protestent.

Là, un gouffre qui m’ouvre les bras,
Ici, montagnes écrasantes,
Libre, hésitant et à l’étroit,
Mes antécédents décadent

Du bois, des rythmes syncopés,
Des mots aimés et attendus,
Seras-tu là le jour venu ?
Je n’aurai plus peur de juillet

Vacuité

Il y a des traces sur la toile cirée.  Je n’ai jamais été une fée du logis, mais, depuis que j’habite seule, j’essaye de faire des efforts. Je dois encore beaucoup apprendre, sur le ménage, comme sur moi même.
La table du salon est jonchées d’objets en tout genre, mon ordinateur portable, en premier lieu, des écouteurs, un iPad, un chargeur USB multiprise raccordé lui même à une multiprise, un diffuseur d’huiles essentielles. Ma montre. Mes clés. Un harmonica, dans sa boite. Un verre.
Nous sommes au beau milieu de l’après-midi mais il fait jour comme un soir. Je suis tellement sensible à la luminosité que la morosité météorologie déteint directement sur mon psychisme.
Les gouttes perles sur la parois du verre, pour venir se fondre dans le reste du contenu.
Quand on est dans le silence depuis assez longtemps pour que les mots ne nous manque plus, chaque bruit est un événement. Ici un goute qui s’écrase sur le fond de l’évier, là, le son de ma main qui se décolle de la toile cirée.
Je ne parviens pas à dire si la vacuité me sied ou pas. Elle m’habite et m’entoure, pourtant.
Dans l’espace, un objet est immobile par nature. Par contre, si on lui donne une petite pichenette, il peut se déplacer en ligne droite pendant des millénaires. Il me faudrait un millions de pichenettes pour me faire me lever de ma chaise, à moins que l’envie de fumer ne suffise pour que je me déplace jusqu’à la fenêtre. Sorti de l’accélérateur de particule, j’ai un rythme de vie en dents de scie.
Dans la rue, c’est l’heure du ballet des mamans, qui viennent chercher leurs enfants à l’école primaire voisine. Je les regarde passer, me sentant loin de ce rythme. Elles ont l’air pour certaines pressées, d’autre rayonnantes, d’autres usées, fatiguées. Leurs marmots leur ressemblent. On peut presque deviner ceux qui seront heureux dans leur vie d’adulte. Je me demande si capacité des individus à être libre et heureux comme tel se décide à cet âge là.
Les éboueurs passent dans la rue, ramassent et jettent les sacs gris, par grappe de deux, puis s’en vont. Les nuages, au dessus des vasistas de mon plafond en pente sont gris et bas.
Ma main se glisse sous mon polo, aplati les poils contre ma peau grasse, je sens les reliefs disgracieux de mon torse. Je désespère que cette main ne soit pas la sienne.
Il y a des affaires, dans des sacs, des cartons, que je dois ranger. Je n’y parviens pas. Je me fonds parmi eux. La lumière, bien que salvatrice, est hors de portée. Je vais attendre qu’on me l’apporte, d’ici à retrouver de l’envie
Demain sera meilleur.