Pyrophobique

Non, je n’irai pas jusque là. Cependant, j’ai tout de même voulu connaitre le bon terme. « Pyro », c’est Feu. Of course. J’ai prononcé le mot « pyrophobique », pour bien me l’imprégner et surtout juger si je pouvais éventuellement et en gros, en être touchée. Juste un peu. Ou éprouver une certaine angoisse.

Les phobiques ont toujours le sentiment que tout va s’embraser, qu’il va se créer un incendie autour d’eux alors que tout va bien. Ce qui rend au bout d’un moment, pour les personnes les plus gravement atteintes, la vie en société impossible. Je croyais que cette peur se limitait à voir le feu, que ce soit une flamme de chandelle ou un feu de forêt, la gazinière ou la couleur jaune orangée léchant le bois d’un âtre.

Il y a deux ou trois jours, je t’ai demandé de ne plus utiliser des mots dont le champ lexical se rapportait au feu : essence, allumette, je suis sous le feu, le feu à la grange, je brûle pour toi…etc…

Pour toi, ça ne doit vouloir rien dire. Malgré tout, je t’ai demandé de ne plus écrire ces termes (que tu utilises assez souvent) et tu as accepté. Notre page s’est changée en étincelles et sentiments, ce qui me soulage et je t’en remercie. Quoique, « étincelles »…

Ce texte est difficile à écrire, pourtant, lorsque nous avons parlé d’écriture authentique, venant du plus profond de soi, c’est ce à quoi j’ai fini par penser. Mon rapport avec ce mot et ce à quoi il me renvoit. Après t’avoir envoyé le petit mot qui t’invitait à revoir les propres tiens, des larmes ont coulé sur mes joues. Je sentais ma poitrine se contracter pour se relâcher en sanglots étouffés, respiration saccadée. J’avais véritablement la trouille. Non que tout brûle ici sur le parvis de la Mairie, mais de me remémorer simplement ces derniers mois que j’ai très mal vécus. Je t’ai dit que ce serait temporaire. Je l’espère. J’ai ressenti le malaise de t’en avoir parlé parce que tu veux toujours savoir de quoi il est question, comprendre, puis me suis rongée les ongles parce que je n’aurais rien pu répondre de cohérent sur l’instant.

Peut-être est-il tout de même bon d’évoquer ce moment de trouble important.

 

Je n’aime pas le mot paranoïa. Ca me reste au travers de la gorge. Je préfère « méfiance injustifiée ». Voici un non-dit de dit.

Quand on est à bout parce qu’on a tenté de la retenir durant des jours comme je l’ai fait, alors tout fout le camp d’un seul coup, comme une bonde qu’on retire d’un évier dans lequel l’eau a croupi. En dernier recours, on a cette foi innommable qu’enfin on vous croit. Alors pendant deux ou trois jours, on essaye de désarçonner l’autre et on raconte n’importe quoi pour qu’il réagisse une bonne fois pour toute. La déroute.

Enfant et jusqu’à ces derniers mois, j’ai toujours aimé la chaleur et le crépitement du bois sous les flammes, les feux de camps, même les champs qu’on brûle, enfin, les flammes ne me faisaient rien, voire ne me faisaient que du bien. Pas de mauvais souvenirs liés au feu ou à un incendie quelconque.

Et puis, sur le site, des écrits sont apparus, des lettres se sont mélangées. Chacune de ces lectures, dont celles que je lisais le plus, semblaient liées à des histoires de feu, d’incendies volontaires, même de bûchers qu’on dresse pour provoquer la souffrance et la mort d’autrui. Je n’y ai pas cru, je refusais de croire à des horreurs pareilles que je devais m’être créées de toute pièce. Je suis même parvenue, dans mes derniers moments que je qualifierai de déjantés, à trouver des anagrammes, des acrostiches. Une véritable folie d’une centaine de lettres tournoyait devant mes yeux. La nuit, je me réveillais en sursaut, ayant cru replacer dans un bon ordre certaines lettres. J’en crisais dans le silence. Mais quoi qu’il en était, même si je voulais éviter ce genre de mots (de ceux que je t’ai demandé d’éviter en ce moment), ils revenaient toujours. Les mêmes, malgré des placements différents. Le feu, les flammes, le feu qu’on allume sciemment, avec fascination.

 

Avant de nous revoir le 3, cette idée tonnait toujours en moi. Ca ne fait pas longtemps, tu comprends ?

M’est restée cette peur du feu, parce qu’elle avait été une obstination, comme une passion destructrice, pendant des jours et des jours. Lire le mot « feu » et tout ce qui s’y rapporte me rappelle à ces moments destructeurs. A ma… paranoïa.

Le feu me fait peur aujourd’hui, mais je crois qu’il m’ennuiera un peu plus tard, encore un peu plus tard, je ferai une moue un peu dégoûtée, ensuite, je soupirerai seulement gênée, enfin, je l’évoquerai avec plus de recul.

Et qui sait, peut-être qu’un jour j’aurai envie de t’embrasser devant un feu de cheminée…

 

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